La borne kilométrique






Le Chemin des Dames (RD 18 CD) est une route qui serpente le long de la ligne de crête entre les vallées de l’Aisne et de l’Ailette. Longue d’une trentaine de kilomètres, elle relie le village de Corbény à la Nationale 2. Il traverse dix-huit villages dont sept ont été totalement ou partiellement détruits lors de la Première Guerre Mondiale. Le Chemin des Dames tient son nom des deux filles de Louis XV qui empruntaient cette route depuis Paris pour rejoindre le château de la Bove, près de Bouconville et de l’abbaye de Vauclair. Un nom poétique que l’histoire transformera en tragédie…  







Le plateau vu du bas






Le Chemin des Dames a été le théâtre de combats dés septembre 1914. Mais c’est lors de l’offensive Nivelle, lancée le 16 avril 1917, que le Chemin des Dames entre tristement dans l’histoire. Le plan du général consiste en une vaste offensive entre Soissons et Reims pour enfoncer les lignes allemandes. Plus d’un million d’hommes sont massés au pied des crêtes tenues par les allemands. Pour la première fois, des chars seront utilisés. L’offensive est précédée à partir du 2 avril d’une intense préparation d’artillerie. Le 16 avril, à 6h, les soldats français partent à l’assaut de la colline. 







Le plateau vu du haut





Depuis mars 1917, les Allemands sont solidement repliés sur la « ligne Hindenburg », une vaste ligne de défense, sur le Nord Est de la France. Les troupes occupent la crête du Chemin des Dames, où ils ont aménagé et fortifié un vaste réseau d’anciennes carrières. Pour cette raison, leurs défenses sont peu atteintes par la préparation d’artillerie française. Lors de l’assaut, les troupes françaises sont surprises par des nids de mitrailleuses cachés et sont même parfois pris à revers par des soldats allemands qui sortent des souterrains. Les troupes sont décimées, les chars s’embourbent. Un soldat racontera plus tard :  « La bataille a été livrée à 6 heures, à 7 heures, elle est perdue ».  








La Caverne du Dragon





L’ancienne carrière de pierre est occupée par les troupes allemandes dès 1915. Les soldats vont alors totalement transformer les galeries en une véritable caserne. A 15 mètre sous terre, malgré la fraîcheur (12°) et l’humidité ambiante, ils y apportent l’électricité, le téléphone, aménagent des dortoirs, un poste de secours, des réserves de munitions, percent des tunnels, installent des voies ferrées et même une chapelle. Ils postent des nids de mitrailleuses aux entrées qui crachent le feu sur l’assaillant français. Ainsi naît le nom de « Drachenhöle », ou Caverne du Dragon…







L'intérieur de la Caverne






L’offensive du 16 avril devait durer deux jours, elle durera des mois. Les pertes sont considérables. Certains historiens évoquent le chiffre de 30 000 morts rien que pour la première semaine. Les troupes françaises ne parviennent qu’à arracher quelques tranchées. Les soldats des colonies africaines, comme les tirailleurs sénégalais et les zouaves, malgré leur courage, manquent de préparation, et se heurtent aux défenses allemandes. La moitié d’entre eux laisseront leur vie sur le champ de bataille. Dans le courant du mois de mai, le Général Nivelle est remplacé par le Général Pétain. 








L'intérieur de la Caverne



Malgré le fiasco de l’offensive Nivelle, les combats se poursuivent. Au prix de lourdes pertes, les soldats français parviennent à mettre un pied sur le plateau de Californie, et le 25 juin 1917, pénètrent dans la Caverne du Dragon et repoussent leur ennemi à travers les galeries. Pendant plusieurs semaines, Français et Allemands vont cohabiter, de part et d’autre de ce labyrinthe souterrain. Pendant ce temps, les combats se poursuivent sur le Chemin des Dames tout l’été jusqu’en octobre. La victoire française au fort de la Malmaison le 23 octobre 1917 amène les Allemands à abandonner le plateau et à se replier au Nord de l’Ailette. La bataille est terminée après six mois de combats acharnés. C’est un échec qui marquera longtemps les mémoires.








L'intérieur de la Caverne





La Caverne du Dragon se situe à l’extrémité Est du Chemin des Dames, à une quarantaine de kilomètres de Reims. Si le site se visite dés 1920, le musée actuel est géré par le Conseil Général de l’Aisne depuis 1995. Il propose une visite guidée d’1h30 à travers les galeries, à 15 mètres sous terre, pour mieux comprendre la Bataille du Chemin des Dames, son déroulement, les principales raisons de l’échec de l’offensive Nivelle, et ses conséquences pour la suite du conflit. La Caverne du Dragon est inscrite au titre des monuments historiques.








L'intérieur de la Caverne



Plusieurs fois réaménagée pour accueillir les visiteurs, la Caverne du Dragon conserve les traces de l’occupation par les militaires durant la bataille. Casques, armements, barbelés et objets du quotidien jalonnent le parcours. La visite se veut pédagogique, à travers des panneaux didactiques et des vidéos. La scénographie est sobre, tout comme la mise en lumière. Le lieu se suffit à lui-même pour montrer au visiteur la vie des soldats au front, et la dureté des combats. La terrasse et la grande baie vitrée du hall d’accueil, qui sert également d’espace d’exposition, donnent une vue imprenable sur la vallée de l’Aisne. Aujourd’hui, elle est visitée par des touristes du monde entier, et de nombreux enfants qui y découvrent de leurs propres yeux ce qu’ils n’ont fait que lire dans leurs livres scolaires. 





Le village détruit de Craonne

vue de l'ancienne mairie

 







L’ancien village de Craonne se situait sur la ligne de front, au pied du Plateau de Californie. Il fait partie des dix-huit villages du Chemin des Dames détruit par les combats. On estime à 30 millions le nombre d’obus tombés sur ce secteur tout au long de la Première Guerre Mondiale. Avant la guerre, Craonne comptait environ 600 habitants. On y devine encore le tracée des rues, et des panneaux matérialisent l’emplacement des maisons, de l’église, de la mairie. Le village a été reconstruit un peu plus bas, dans la vallée








Le village détruit de Craonne

vue de la rue





Le village a été rendu célèbre par la « chanson de Craonne », chant contestataire qui a connu plusieurs versions, repris par des soldats français épuisés par les combats, et qui critique l’absurdité des ordres de la hiérarchie militaire. L’auteur du texte initial est inconnu, et la chanson se transmet oralement entre les soldats à partir de l’été 1917. Elle sera censurée par le haut commandement. La chanson est associée aux mutineries qui éclatent partout sur le front à ce moment la. 3 427 poilus seront jugés coupables de mutinerie par les tribunaux militaires, 554 condamnés à mort pour une quarantaine d’exécutions







L'entrée de la Nécropole



3907 soldats reposent à la Nécropole Nationale de Craonnelle, dont 1882 n’ont pu être identifiés et répartis dans deux ossuaires. On compte également 24 britanniques et 2 belges. Le cimetière regroupe les morts du plateau des Casemates, des postes de Craonnelle, des Flandres à Oulches, de Vassogne, de Jumigny, Craonne, du Moulin de Vauclerc… Le secteur du Chemin des Dames, compte 14 cimetières français, 9 cimetières allemands et 5 cimetières britanniques. Mais de nombreux combattants reposent toujours sous le Chemin des Dames et des familles tentent encore de nos jours d’en retrouver les traces. Le mémorial virtuel du Chemin des Dames, créé pour le 90e anniversaire de la Première Guerre Mondiale, permet la recherche des combattants. 93859 ont pu être identifiés 







Les tombes de la Nécropole





On estime que 300 000 soldats français, allemands, britanniques, américains, italiens, sont morts au Chemin des Dames tout au long de la guerre, dont 200 000 dans les deux mois qui suivent l’offensive Nivelle. Pourtant, cette bataille n'a jamais occupé la même place dans la mémoire nationale que la Somme ou Verdun. Il est en effet beaucoup plus difficile de commémorer une défaite qu'un succès, et la question de la réhabilitation des mutins de 1917 est une plaie encore vive. Contrairement à Verdun, le site n’est pas « sanctuarisé » après la guerre, et les paysages ravagés par les combats sont au fur et à mesure remis en culture, comme pour effacer les traces sanglantes de cette boucherie.







Vue de la vallée de l'Aisne





La visite de la Caverne du Dragon se termine par ces mots du dernier poilu de la Grande Guerre. Il s'appellait Lazarre Ponticelli. Il avait combattu sur le Front de l'Aisne. Lazarre Ponticelli est mort en janvier 2008. Il avait 110 ans. Ses obsèques nationales ont été célébrées aux Invalides :  « Je ne pense qu’à tous mes frères d’armes qui sont tombés, c’est à eux que les honneurs reviennent, je ne suis que leur humble représentant, ayant eu la chance de survivre. Moi je suis passé au travers de cette guerre injuste et horrible, j’espère que la jeunesse d’aujourd’hui n’oubliera pas les combattants qui ont sacrifié leur vie afin qu’elle puisse vivre dans une France libre »

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